Le village des Batignolles :

Les Batignolles avant 1830 : Il y a très longtemps, l'Abbé Lecornu écrit que les Gaulois de Camulogène menèrent la vie rude aux Romains de Labienus qui assiégeaient Lutèce (ancien nom de Paris). La grande forêt qui recouvrait les Batignolles à l'époque était rattachée à Clichy où les rois mérovingiens avaient leur résidence d'été. Monceau et les Batignolles seront rattachés à Clichy jusqu'en 1830.

La rue de Levis, pourrait constituer le tracé d'une ancienne voie romaine vers Clichy. Il en est probablement de même pour la rue de Courcelles. L'ancienneté des deux rues est attestée par de nombreux documents.

En 629, Clotaire II marie son fils, le bon roi Dagobert, à Gonatrude. Leur fils Sigisbert y sera baptisé par l'évêque de Maestricht. En 741, Charles Martel renouvelle la donation de l'Abbaye et de tout le village de Clichy avec ses terres, ses édifices, ses maisons, ses laboureurs, ses esclaves et ses vignes, ses prés, ses cours. Malgré ses donations, le territoire demeure domaine Royal jusqu'en 1193, date à laquelle Philippe Auguste l'échange contre le château de Pierrefonds à Gaucher III de Chatillon, qui devient aussi premier seigneur de Clichy.

Les Batignolles comprenant la forêt de Rouvray constitue un vaste terrain de chasse jusqu'à la révolution, période à laquelle elle est interdite.

Au fil des siècles, la forêt perd du terrain au profit de l'agriculture : il faut bien nourrir tous ces gens qui viennent s'installer dans les boucles de la Seine et gonfler la densité de la population. Les abreuver aussi, car on a planté des vignes à Monceau. En 862, le roi Charles le Chauve offre une de ces vignes aux moines de Saint-Denis " afin qu'ils en boivent le vin à leurs messes ". En fait, pendant plusieurs siècles, Monceau est le seul lieu répertorié du quartier. En 1318, on trouve un Hénault le Mastin, Seigneur de Monceau. Un siècle plus tard, Jeanne d'Arc y campe avec ses troupes avant de donner l'assaut aux anglais et aux bourguignons qui occupent Paris, le 8 septembre 1429. On suppose qu'elle a emprunté le chemin d'Argenteuil à Paris, aujourd'hui rue de Lévis. Mais elle sera blessée porte Saint-Honoré et rebroussera chemin.

L'étymologie du nom de "Batignolles" a toujours été un mystère pour les historiens. On ne s'accorde même pas sur l'origine du mot " Batignolles ". Pour les uns, il vient du latin " batifollium " qui signifie moulin à vent, pour d'autres, il dérive de " bastide ", devenu " bastidiole " pour petite maison de campagne puis Bastignolles et enfin Batignolles. Au 7ème siècle cependant, on parle d'une résidence du roi Thierry III à Bactillon, au nord de Paris. Mais il faut attendre 1617 pour trouver un bail pour " sept arpents de terres labourables, appartenant à l'abbaye de Montmartre, tenant au chemin de Monceau à Saint-Denis ", c'est à dire la rue des Moines. Cependant, il faut noter l'existence d'un chemin "des nonnains", future rue des Dames, qui conduisait à l'abbaye des Dames de Montmartre.

Il est bien de noter que le plan ci-dessous est le Village des Batignolles. Il n'y avait pas encore de train à l'époque. C'est la Tranchée des Batignolles, utile pour le passage des trains, qui va couper les Batignolles en deux parties l'une restant les Batignolles et l'autre étant souvent associée à Monceau (ou Legendre Levis d'un point de vu CCQ 5 pour la Mairie du 17eme) . Les Batignolles historiques vont jusqu'à la rue de Tocqueville.
Batignolles plan
Les premiers habitants du quartier viennent se fixer autour du château de Monceau et se plaignent de devoir se rendre jusqu'à Clichy, leur paroisse, pour faire leurs dévotions. C'est pourquoi Etienne Desfriches, le Seigneur d'alors, fait bâtir à l'emplacement de l'actuelle place de Levis une chapelle dédiée à Saint-Etienne. Cette chapelle restera sous la dépendance de la paroisse de Clichy et sera ainsi placée sous le charitable ministère de Saint-Vincent de Paul, de 1612 à 1626. Au milieu du 16ème siècle, une autre propriété sera érigée en Seigneurie : celle des Ternes. Mais les droits seigneuriaux ne seront confirmés qu'au début du 17ème siècle, par un édit de Louis XIII, à Isaac Hubert propriétaire et Seigneur d'une maison appelée les Ternes, sise entre les villages du Roule et du port Nuly (Neuilly), auparavant possédée par son père et son grand-père.

Des Batignolles, des Epinettes, des Grandes Carrières et de Jules Joffrin on ne parle guère avant le 17ème siècle, comme un quartier de Paris. Jusqu'à la fin du XIXème siècle, il sent surtout les fleurs, le vin et la fête. Le fait qu'il soit en dehors des barrières de Paris et de l'octroi lui permet d'offrir tous les plaisirs à tarifs détaxés. Les guinguettes sont fort appréciées. Le village rattaché à Clichy, est situé en dehors de Paris et donc au-delà du Mur des Fermiers généraux. Pour éviter l'octroi, les parisiens viennent boire un petit coup dans les guinguettes. On vient s'encanailler aux Epinettes. On chasse aux Batignolles. Au XVIIIéme siècle, le quartier est surtout constitué de trois hameaux, Monceau, les Ternes et Montmartre. Les Ternes sont rattachés à la paroisse de Villiers-la-Garenne, Monceau, à celle de Clichy-la-Garenne et Montmartre appartient en grande partie à l'Abbaye des Dames de Montmartre. En réalité, la nécessité d'approvisionner en nourriture la capitale et le souci de la défendre en cas de guerre ont conduit à prohiber la construction de bâtiments d'habitation hors les murs, ce qui évite l'éclatement de la ville. Ceux qui enfreignaient cette interdiction s'exposent d'ailleurs à des peines infamantes : le fouet et trois ans de bannissement, cinq ans de galères en cas de récidive. Les noms des deux villages évoquent la vocation principale des terres situées entre les domaines cultivables : elles sont consacrées à la chasse. Un corps d'officiers, constituant " la Capitainerie de la Varenne des Tuileries " dirige une troupe de gardes forestiers et de personnel de vénerie. Pour favoriser la reproduction du gibier, on a constitué des réserves bordées d'un fossé, dont les noms ont été conservés. Y figurent notamment ceux de Monceau, du Noyer, du Chiendent, du fond des Batignolles et des Epinettes. Les malheureux paysans dont les récoltes étaient attaquées par le gibier puis dévastées par les chasseurs n'avaient que le droit de se taire.

Après la construction du mur des Fermiers généraux dans les années 1780, le village de Monceau se trouve au débouché de la barrière qui prend son nom. Le hameau des Batignolles se structure au nord de la barrière de Clichy, le long de la route menant à Clichy et Saint-Ouen et le long du chemin menant à Monceau (rue des Dames). Le lieu-dit des Épinettes se trouve plus au nord entre les routes de Clichy et de Saint-Ouen.

La révolution : Il faudra attendre la Révolution pour que le droit de chasse soit aboli. Les châteaux seront démantelés au XIXème siècle. Déjà, en 1778, l'architecte Lenoir avait divisé le château des Ternes en habitations et fait passer un chemin à travers les bâtiments. Ce chemin existe toujours : c'est la rue Bayen qui traverse un immeuble près de la porte des Ternes. Le mur murmurant de Paris… Le fameux mur des Fermiers Généraux, destiné à réprimer les fraudes concernant les marchandises entrant dans Paris et soumises à l'Octroi, suscite le célèbre vers dont l'auteur demeure inconnu : Le mur murant Paris rend Paris murmurant. Ce mur de 29 km de long, haut de 3,30 m est entouré, à l'intérieur, d'un chemin de ronde de 12 mètres et à l'extérieur, d'un boulevard de 60 mètres, planté d'arbres. Ce mur, bien sûr, est percé d'ouvertures aux endroits où des routes pénètrent dans Paris. Ces ouvertures sont gardées par des " barrières ", petits pavillons de style divers, le plus souvent classique. Dans notre arrondissement, se trouvaient la Barrière de l'Etoile, celle du Roule (à la place de l'actuelle Place des Ternes).

À la révolution, lors de la formation des communes de France en 1789-1790, le village de Monceau et les hameaux des Batignolles et des Épinettes sont incorporés à la commune de Clichy.

Batignolles Courcelles
La Barrière de Courcelles a la forme d'un temple grec à colonnes et la Rotonde de Chartres.

Par la suite la barrière est remplacée par un fossé. L'endroit appartenait à Louis-Philippe d'Orléans dont seul subsiste le Parc Monceau. Il ne voulait pas qu'un mur lui gâche la vue sur la campagne. La Rotonde de Chartes est encore présente à l'entrée du parc Monceau. Ce bâtiment circulaire entouré de colonnes abrite les bureaux de l'octroi, au rez-de-chaussée et au premier étage. Mais le duc de Chartres s'est fait aménager au second étage un salon d'où il avait vue sur tout le nord de Paris. Enfin, les Barrières de Monceau et de Clichy. La première est le théâtre du retour de Louis XVI à Paris, après la Fuite à Varenne. Le roi demande un verre de vin qu'il vide d'un trait. Il y a foule et les Gardes nationaux présentent les armes la crosse en l'air, comme lors des enterrements.

la Barrière de Clichy La barrière de Clichy (place de Clichy dans Paris), la maison d'octroi et le mur des fermiers généraux (photo de 1851).

Quant à la Barrière de Clichy, située à l'entrée de la rue de Clichy, elle connait son heure de gloire en 1814 lorsque les ennemis de Napoléon marchent sur la capitale. C'est à partir de là que le général Moncey choisit d'organiser la défense. Des barricades sont dressées à l'aide de charrettes, de madriers, de pavés. Tout le monde participe, hommes, femmes et parfois enfants. Mais les Russes qui se présentent renoncent à forcer les barrières. Ils restent sur les pentes et se contentent d'échanger des tirs avec les miliciens. La Révolution va amener de grands changements dans le quartier : finies les interdictions de construire au-delà des barrières. La ville est surpeuplée. La vie est chère. Une petite bourgeoisie se développe. Tous ces éléments vont amener la construction de petites maisons entourées de jardin aux Batignolles. L'endroit possède de plus l'avantage d'être " free taxe ", ce qui incite à l'ouverture de cabarets et de guinguettes où le vin, avant l'octroi, coûte moins cher qu'à l'intérieur de Paris. Pour la même raison, il est plus avantageux de s'y installer. En réalité, il faut attendre la Restauration pour que le mouvement soit significatif. Il n'y avait guère plus de 300 habitants aux environs de Monceau en 1810. la Barrière de Clichy construit juste avant la Révolution fut démoli en 1860 lors du rattachement de Montmartre à la ville.

Les Batignolles

1820 Les Batignolles : Des investisseurs achètent des terrains et construisent des maisons de campagne en traçant des chemins. Ceux qui s'y sont établis donnent leur nom à ces rues dont : Boursault, Capron, Lacroix, Lécluse, Salneuve, Truffaut. Le bon air y est réputé et la population va s'accroître très vite.

1830 Les Batignolles : En 1830, il avait 6 000 habitants aux Batignolles. Des spéculateurs avaient acheté des terrains à bon marché, y ont fait construire des maisons de campagne, en traçant quelques chemins. Les bourgeois appréciaient ces petites maisons où ils venaient se reposer le dimanche et respirer l'air pur de la campagne. Ils s'appellent Capron, Truffaut, Lemercier et comme ils en ont le droit, donnent leur nom à la rue où ils se sont établis. Ils sont tellement nombreux qu'ils demandent, en 1827, à être séparés de Clichy auquel ils sont rattachés administrativement. Cela leur sera accordé en 1830 par un édit de Charles X qui crée une nouvelle commune appelée Batignolles-Monceau. De leur côté, les Ternes sont rattachés à Neuilly. La nouvelle commune connaît rapidement un succès considérable. On vante son climat tempéré (la Butte Montmartre protège du vent du nord), son air pur et la qualité de ses marchés où l'on trouve des produits hors taxe. C'est le refuge des commerçants retraités, des rentiers et des employés en fin de carrière. " Une ville de luxe et de plaisance " peut-on lire dans l'annuaire des Batignolles-Monceau de 1857-58. La première mairie fut installée le 8 avril 1830 dans la grande rue des Batignolles. Mais elle fut bientôt trop petite et il fallut une autre qui fut inaugurée en 1849 en présence du prince Napoléon. Elle ne sera démolie qu'en 1971. Entre temps, Batignolles, Epinettes, Monceau, les Ternes, tout comme Montmartre, sont devenus des quartiers de Paris.

L'église Sainte Marie des Batignolles est construite grâce aux fonds d'une souscription et aux dons du roi Charles X et de la Duchesse d'Angoulême qui financent en 1826 la nef et le péristyle. Elle fut bâtie vers 1830 sur un terrain place du Docteur Félix Lobligeois offert par des promoteurs qui espéraient ainsi attirer des clients-locataires. L'église est agrandie en 1839. Elle est achevée en 1851. La cloche est baptisée Étiennette. Les dates des autres églises : Saint-Michel (1913-1928 et le campanile en 1934), Saint Joseph des Épinettes (entre 1909 et 1910).

Côté littérature, Alfred de Vigny loue au 1 rue Nollet en 1838.

1841 L'enceinte de Thiers : En 1840 la France vit depuis 25 ans sous le régime de la monarchie. «L’état des affaires de l’Europe avait inspiré des craintes, peut-on lire dans le Dictionnaire encyclopédique paru en 1844. On avait parlé de guerre, et bientôt tout le monde fut persuadé que la France allait avoir à se défendre contre une nouvelle coalition européenne.
En mai 1840 la tension avec l'Angleterre est grande (à cause de l'Egypte). L'expension possible de l'empire Ottoman est un danger. A cause de cela le roi Louis-Philippe et son Ministre Adolphe Thiers (président du Conseil) descident de fortifier Paris avec une enceinte. Le maréchal Guillaume Dode de la Brunerie est nomé président du conseil des fortifications. Il dirige la construction des fortifications de Paris. Il l'acheva en cinq années (récompense: bâton de maréchal de France en sept 1847). L'enceinte est construite en pleine campagne. Elle permet dans un premier temps de surveiller les Parisiens jugés «trop remuants» par la monarchie. En 1845, les travaux de l’enceinte de Thiers sont achevés. Englobant la totalité de la capitale, soit près de 80 km², l’enceinte de Thiers se situe alors entre les actuels boulevards des Maréchaux, appelés à l’origine «rue militaire» et le futur emplacement du boulevard périphérique. La muraille fortifiée de Thiers aidera la république à résister quelque temps à l’invasion des Prussiens en 1870.

Les Batignolles
Un dessin étant utile pour mieux comprendre, en bleu le Mur des Fermiers généraux et en rouge la muraille fortifiée de Thiers. Pour résumer, en 1785, Le Mur des Fermiers Généraux (en bleu) marquait une frontière fiscale isolant Paris intramuros des communes connexes. L'entrée se faisait via des barrières ou pavillons d'octroi. En 1840, construction des Fortifications (en rouge). En 1860, Napoléon III décréta l'annexion de tous les terrains situés entre le Mur des Fermiers Généraux et les Fortifications dont Les Batignolles pour réaménager Paris.

La fortification de Thiers montre aussi à quel point Paris est à nouveau isolée. La ville n’est reliée à l’extérieur que grâce aux grandes percées des lignes ferroviaires qui arrivent aux cinq gares que nous connaissons actuellement. Le premier convoi part de Paris le 25 août 1837 de la Place de l'Europe (gare Saint-Lazare) pour Le Pecq.

l enceinte de Thiers
La fortification de Thiers.

Des parisiens s'inquiétaient de voir les postes de batteries installées vers l'extérieur mais surtout vers l'intérieur de la capitale. À ces craintes, Adolphe Thiers avait répondu: "C'est calomnier un gouvernement, quel qu'il soit, de supposer qu'il puisse un jour chercher à se maintenir en bombardant sa capitale". C'est pourtant ce que fit le Gouvernement en 1871, lors de l'insurrection contre le gouvernement pour défendre la Commune de Paris.

carte des Batignolles dans Paris en 1960
Une carte des Batignolles en 1860.

Les fortifications de Thiers sont détruites à partir de 1919. Il reste une trace visible de l'enceinte de Thiers au niveau du TGI Porte de Clichy. Ci-dessous un reste du mur nommé bastion n44 tel qu'on peut le voir à la Porte de Clichy :
Enceinte de Thiers à la porte de Clichy
Mur d'enceinte de Thiers. Bastion n44 à la porte de Clichy au pied du TGI côté Paris centre à voir en 2017.

1870 Les impressionistes : En 1866 Zola habitait dans les Batignolles où il fréquentait les peintres impressionnistes du groupe des Batignolles dont Manet et Monet.
Le groupe des Batignolles est un groupe de jeunes peintres d'avant-garde de la fin du xixe siècle rassemblés autour d'Édouard Manet. Le groupe porte son nom en référence au quartier des Batignolles, où ils avaient coutume de se rencontrer entre 1869 et 1875.
Manet habitait boulevard des Batignolles et son atelier se trouvait dans la rue Médéric (ex rue Guyot). Autour de Manet se forme un groupe d'amis qui se retrouvent régulièrement dans les cafés du quartier, notamment le café Guerbois, disparu aujourd'hui mais dont une plaque marque l'emplacement au 11 avenue de Clichy. Au café Guerbois, les plus assidus sont Manet, Renoir, Monet, Alfred Sisley et Frédéric Bazille. Se joignent à eux suivant les circonstances Edmond Maître, Pissarro, Degas, Zola et le photographe Nadar. Ensemble, il échangent des idées et des théories pour s'extraire de la peinture académique de l'époque. C'est de ces réunions que naît le mouvement appelé par la suite impressionnisme. Cette association devient officielle le 17 janvier 1874 quand Claude Monet publie dans La Chronique des arts l'annonce de la fondation de la « Société Anonyme coopérative d'artistes-peintres, sculpteurs, graveurs et lithographes ». Le 15 avril suivant, la première exposition du groupe se tient dans l'ancien atelier de Nadar. Parmi les artistes des Batignolles, nombreux sont ceux qui s'affirmeront ensuite comme des grands maîtres du mouvement impressionniste.
Bazille, dans son atelier, pourra créer, exposer, recevoir, vendre ses œuvres et celles de ses amis, surtout celles de Monet qui est dans le besoin. On peut le visiter puisqu'il l'a peint en 1870, c'est l'Atelier de Bazille exposé au musée d'Orsay. Au cœur du lieu, une vaste pièce, haute de plafond, ouvertes sur l'extérieur par une grande verrière laissant passer la lumière subtile du ciel de Paris ou la flamme généreuse des rayons du soleil (Zola, l'Œuvre 1886) que tamisent de sombres tentures. Le peintre y entasse les tableaux terminés ou inachevés, accumule le matériel de peinture. Il y a des fauteuils pour accueillir les amis et les clients, un piano pour l'ami musicien et l'indispensable Un poêle rougeoyant réchauffe les lieux, les modèles et le café.
Atelier impressioniste aux Batignolles par Henri Fantin Latour en 1870
Atelier impressioniste aux Batignolles par Henri Fantin Latour en 1870 (au Musée d'Orsay à Paris).
La mise en scène de Fantin Latour évoque l'atelier de Manet et le représente assis et peignant avec à ses côtés, assis, Zacharie Astruc. Debout de gauche à droite, Otto Scholderer, Auguste Renoir, coiffé d'un chapeau, Émile Zola barbu avec des lorgnons à la main, Edmond Maître (en retrait), Frédéric Bazille de profil avec un pantalon écossais et Claude Monet. On connaît un portait de Zacharie Astruc par Manet, c'est peut-être cet épisode qui est représenté.

L'atelier de Bazille était 9 rue La Condamine dans les Batignolles. Bazille, dans son atelier pourra créer, exposer, recevoir, vendre ses œuvres et celles de ses amis, surtout celles de Monet qui est dans le besoin. On peut le " visiter " puisqu'il l'a peint en 1870, c'est " l'Atelier de Bazille " exposé au musée d'Orsay. Au cœur du lieu, une vaste pièce, haute de plafond, ouvertes sur l'extérieur par une grande verrière laissant passer la lumière subtile du ciel de Paris ou " la flamme généreuse des rayons du soleil " (Zola, l'Œuvre 1886) que tamisent de sombres tentures. Le peintre y entasse les tableaux terminés ou inachevés, accumule le matériel de peinture. Il y a des fauteuils pour accueillir les amis et les clients, un piano pour l'ami musicien et l'indispensable Un poêle rougeoyant réchauffe les lieux, les modèles et le café. Frédéric Bazille a partagé son atelier avec Renoir et Monet.
Atelier de Bazille dans les Batignolles en 1970
En 1870 l'atelier de Frédéric Bazille qu'il a partagé avec Renoir et Monet au 9 rue La Condamine dans les Batignolles. Le grenier de Claude dans le livre L'Oeuvre de Zola ressemble à l'atelier de Bazille.
Bazille écrit pour rassurer sa mère : Que maman ne s'effraie pas, les Batignolles sont un quartier tranquille, ou l'on dépense moins d'argent que pour vivre dans l'intérieur de Paris.

Les membres du groupe des Batignolles avait vingt-cinq ans en moyenne, d'autant plus intransigeants qu'ils n'étaient pas sûrs d'eux-mêmes, chacun cherchant sa voie. Les seules certitudes, qui les unissaient, étaient la nécessité de rejeter l'art officiel et l'urgence d'inventer un art nouveau. Sur les moyens ils étaient presque toujours en désaccord. D'où l'intérêt des conversations au Guerbois qui tournaient souvent en pugilats : le plein air, la gravure, la photographie, la division des couleurs, le travail de l'ombre, la peinture d'histoire, les voies d'exposition, le japonisme... Malgré les divergences l'esprit était avivé par ces rencontres, l'enthousiasme regonflé, le courage réveillé, la mission clarifiée, dirait Monet. Ce groupe a réussi durant quelques années, de 1860 à 1874, à engendrer une fraternité, vraie société d'entraide et foyer exceptionnel de créativité et d'affection.

Les membres du groupe des Batignolles avaient coutume de se rencontrer chaque soir dans un café de l'avenue de Clichy, le café Guerbois. (Résidant à peu près tous dans le nouveau quartier des Batignolles, d'où le nom "Groupe des Batignolles"). Au Guerbois se retrouvaient non seulement des peintres comme Renoir, Cézanne, Monet, Sisley, Bazille, Degas ... mais aussi des graveurs, tel Bracquemond, des écrivains, notamment Zola, des poètes, des journalistes, des collectionneurs, le photographe Nadar .... Ensemble, ils échangeaint des idées et des théories pour s'extraire de la peinture académique de l'époque. C'est de ces réunions que naît le mouvement appelé par la suite impressionnisme. La guerre de 1870, la Commune, marquèrent le commencement de la dispersion du groupe. le premier drame fut la mort de Bazille à 29 ans, puis l'éloignement de Monet, Cézanne... Avec le temps, chacun évolua de son côté. En 1883 Manet disparaît, lui qui avait été le pilier du groupe. Un autre évènement bouleversera la planète Guerbois, : la publication de "L'Oeuvre" de Zola qui marquera la rupture avec Cézanne. Petit à petit les rencontres devinrent de plus en plus occasionnelles, le Guerbois fut abandonné pour la "Nouvelle Athènes", place Pigalle. L'art moderne a été inventé aux Batignolles.

Les Batignolles
Hommage de cette époque par le restaurant Biotiful Batignolles avec une fresque murale réalisée par Tofdru avec Manet au centre.

1871 La Commune de Paris : Le 3 mai 1871, Blanche Lefebvre ouvrit le club de la Révolution sociale place du Docteur Félix Lobligeois. Hubertine Auclert et Louise Michel participèrent à ce club essentiellement féminin.

Les Batignolles dans les années 1880:
Maupassant s'installe au 83 rue Dulong entre 1882 et 1884 et écrit son 1er roman Une vie, le 15 mars 1875, Mallarmé au 87 rue de Rome, la famille Verlaine habite à partir de 1862 au 10 rue Nollet puis 45 rue Lemercier et au 26 rue de l'Écluse.

La rue des Dames était un chemin qui reliait Monceau à l'Abbaye-aux-Dames de Montmartre. Le chemin était appelé chemin des nonnains. Les jeunes filles de la bonne société qui rentraient au couvent pour parfaire leur éducation pour devenir des dames. La rue a été classée dans la voirie parisienne en mai 1863.

En juillet 1884, la fanfare des Batignolles entonne les hymnes américain et français en présence de M. Morton, ambassadeur des Etats-Unis et M. de Lesseps, président du Comité de l'Union franco-américaine pour l'achèvement de la Statue de la Liberté. Le projet de la statue d'Auguste Bartholdi avait été mûri dès 1865, et entrepris depuis 1875 dans les ateliers " Monduit-Gaget-Gauthier ", 25, rue de Chazelles. Haute de 46 mètres et pesant 200 tonnes, " La Liberté éclairant le monde " est offerte et inaugurée à New-York en octobre 1886.

Le quartier des Batignolles et la Mémoire du Rail : Comme on l'a vu, l'urbanisation des Batignolles a commencé dès les années 1827-1835 et s'est accélérée avec la construction de la première ligne de chemin de fer (de Paris à Saint Germain en 1837), construction de la gare Saint-Lazare en 1842 puis de la petite ceinture (ouverte en 1853) en correspondance à Pont Cardinet. Les emprises du rail n'ont alors cessé de s'étendre sur les Batignolles jusqu'à représenter pas loin de la moitié du quartier avec la gare de marchandises (1844), le dépôt et les ateliers de réparation. Nombre de ces locomotives étaient d'ailleurs fabriquées tout à côté dans les usines Gouin fondées en 1846; les usines étaient implantées entre l'avenue de Clichy et les rues Boulay, Level et de La Jonquière (Les Epinettes) et employaient 2300 personnes en 1855, ce qui explique qu'en 1860 au moins la moitié des Epinettes était lotie. L'entreprise Gouin a depuis quitté le quartier mais, transformée en Société de Construction des Batignolles, elle a fusionné en 1968 avec la SPIE créée en 1900 pour donner naissance à la société Spie-Batignolles qui est aujourd'hui le quatrième constructeur français en génie civil, travaux publics et bâtiment.

Voir la suite de l'histoire dont le détail de la Mémoire du Rail aux Batignolles en cliquant sur la flèche de droite ci-dessous.

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